Sur la route des églises fortifiées de Thiérache et du nord-ouest ardennais

Le Nord-Ouest Ardennais occupe depuis l’époque gauloise une position frontalière convoitée. Cette situation géostratégique a été à l’origine d’un climat d’insécurité et d’instabilité politique qui se traduit par la présence d’un important patrimoine historique fortifié sur le territoire.

Depuis la période celte, la contrée est une frontière historique. Véritable boulevard d’invasions, la trouée de l’Oise et des Ardennes est la proie d’incursions belliqueuses : anglaises, bourguignonnes, liégeoises durant la guerre de Cent Ans ; prussiennes et russes en 1814-1815 puis allemandes en 1870, 1914 et 1940.

Les grands traités de paix ont tous échoué pour tenter de pacifier la frontière. Les populations ont été durablement éprouvées et traumatisées par ces combats continuels. Pourtant, malgré l’insécurité tenace, les massacres et les exactions, les paysans, artisans, seigneurs et ecclésiastiques ont perfectionné les moyens de se protéger. Les églises et gentilhommières ont été pourvues de canonnières, bretèches, échauguettes …

Dès l’an mil, la féodalité impose un mode de fortification, signe de l’appropriation d’un fief par un seigneur.

Les fractures franco-françaises, comme les guerres de Religion (1562-1598) et les Frondes (1648-1653) sont la dernière raison à l’organisation de structures fortifiées. En effet, la contrée est le théâtre de la huitième et dernière guerre de Religion entre catholiques et calvinistes qui endeuille plusieurs localités mais participe au renforcement des églises.

 

Les églises fortifiées de la Thiérache Ardennaise

 

Église Saint Remi d’Antheny : Jolie église médiévale souvent incendiée au fil des siècles. Des arcades romanes, murées, sont aujourd’hui bien visibles. Les bas-côtés, probablement à pans de bois, ont disparu, laissant apparaître un pan d’arcature romane (des voûtes romanes murées sont aussi visibles à Bairon, Malmy, Saint-Laurent …). Le clocher fortifié remonte au XIIIème siècle. Les fenêtres supérieures ont été bouchées pour des besoins de défense. Une corniche à talon agrémente l’ensemble. La nef, étroite, n’est pas encadrée de bas-côtés.

Le village a été incendié par l’envahisseur espagnol en 1653. Il présente de nombreux éléments de fortification : une tour défensive accolée à une maison, des ouvertures de tir et bretèches. Les murs extérieurs, face aux jardins et vergers, sont presque aveugles, les baies sont rares …

 

Église Saint Remi d’Aouste : Dans un site bucolique, très jolie église fortifiée du XVIème siècle, de type halle, fortifiée. Le portail occidental, finement gothique, est surmonté d’une puissante bretèche soutenue par quatre corbeaux et il est flanqué d’une tour refuge carrée, latérale, percée de nombreuses canonnières, cachant trois salles superposées (XVème-XVIème siècles) et communiquant avec les combles servant de refuge. Un remarquable chœur à cinq pans orne l’orient. Le tout est serti d’une délicate corniche à modillons, petits éléments de support ou, plutôt, ayant l’apparence d’un support, disposés régulièrement sous la corniche. Le modillon est l’héritier esthétique des chevrons de bois apparents. Les pignons sont découverts. Intérieur gothique tardif. Maître-autel de marbre à colonnes corinthiennes portant un baldaquin.

En juin 1652, l’église fut incendiée par les troupes lorraines de Mansfeld.

Un culte honorant sainte Philomène a perduré, malgré la décision du pape Jean XXIII de la supprimer du groupe des saints vénérés.

 

Église Saint Martin de Bossus lès Rumigny : Élégante église du XVIIème siècle élevée en pierre blanche. Son chevet est protégé de deux tourelles. La tour-porche, massive, carrée et basse, complète l’ensemble fortifié.

Des ouvertures de tir assurent la défense du site. La nef est étroite et dépourvue de bas-côtés. Remarquez les jolis fonts baptismaux à l’entrée. L’édifice cultuel de plan oblong présente des élévations modestes.

 

Flaignes Havys :

Église Saint Laurent : À l’intérieur de l’église, des éléments architecturaux, du début de la période gothique, peuvent être datés entre 1175 et 1220. Il est à remarquer l’absence de collatéraux, l’étroitesse de la nef, l’élégance du chœur gothique, sa piscine dans une niche (pour laver les vases sacrés et préparer le pain et le vin de l’eucharistie), la châsse et la chapelle de saint Laurent.

L’église, fortifiée vers 1584, est dotée de combles aménagés en refuge, dans lesquels on accède par la tour située au nord, de nombreuses canonnières ont été percées dans les murs, des bretèches, soutenues par des trios de consoles, complétaient le dispositif. La tour ronde, protégeant le transept septentrional, date de 1480. C’est l’une des plus anciennes tours de défense de notre région. Belles corniches à modillons.

Église Saint Gorgery : Brûlée avant la bataille de Rocroi, en mai 1643, elle est protégée par une tour qui agrémente son mur pignon. Cette tour a subi une réfection, trop moderne et visible, dans sa partie haute. Au niveau du chevet, une corniche à modillons, ancienne, est dégradée. L’ensemble est protégé par de belles canonnières. Le cordon de pierre sert de larmier pour atténuer les ruissellements d’eau sur le nu du mur.

 

Église Saint Étienne de Fligny : Le 11 avril 1113, une bulle du pape reconnaît que les moines de Saint Nicaise de Reims possèdent à Fligny : le moulin banal, des terres, un pré et le quart des dîmes. L’église, élevée en belle pierre ocre, est fortifiée après les attaques des Impériaux en 1555 et 1637. Une tour renforce sa défense à son chevet. Cette tour a été arasée. La base de la maçonnerie est édifiée en brique, probablement une réfection ancienne. Un larmier court autour de l’édifice. Des ouvertures pour le guet et la couleuvrine – bouche à feu, fine et longue, souvent soutenue par une fourche plantée dans le sol – perforent la muraille bien appareillée. Renforcement au moyen d’ancres et de tirants en fer forgé.

 

Église Saint Étienne de Laval Morency : Très intéressant site fortifié sur les bords de la Sormonne. L’église fut incendiée en 1622 par les troupes de Mansfeld. Elle fut reconstruite ensuite. Présence de bretèches soutenues par des trios de consoles, des ouvertures de tir et d’une petite tour d’angle coiffée d’une jolie toiture en poivrière, conique. Les bretèches, sorte de petits mâchicoulis, protégeaient les baies. Beaux pignons découverts dont un est couronné par une petite statue de saint.

 

Église Notre-Dame de Liart : Église fortifiée dotée d’une tour-porche en forme de puissant fort à deux étages, percée de fines ouvertures de tir et nantie d’une jolie bretèche soutenue par trois consoles. Le chevet est flanqué de deux tourelles polygonales percées de meurtrières. La reconstruction de l’édifice, au XVIème siècle, commença par le chœur, financé par l’abbaye de tutelle de la paroisse, Saint Nicaise de Reims, et se poursuivit par le donjon-porche fortifié, à la charge des habitants du bourg. Entre les deux, la vieille nef fut reconstruite à l’économie. Le donjon-porche prend ici la forme d’un massif barlong et aveugle à étages dont l’étroite porte, surmontée d’une bretèche, est flanquée de deux discrètes embrasures de tir.

L’imposant massif abrite un escalier desservant les chambres de tir et de refuge et le clocher. Les combles, les élévations en pierre de taille avec larmiers et corniches à modillons, rappellent la maison forte de Doumely : on peut dater l’ensemble de la fin du XVIème siècle. Le chœur, de peu antérieur, possède au-dessus de ses voûtes sa propre salle haute de refuge, desservie par un escalier à vis latéral dont un saillant carré (sacristie) constitue le pendant. Leurs superstructures sont percées de fentes de tir pour le mousquet. La nef actuelle a été reconstruite en 1859 par Reimbeau, architecte à Rocroi.

 

Église Saint Martin de Prez : Puissante église fortifiée du XVIème siècle, dotée d’un clocher porche et d’une fine tour de flanquement coiffée d’une toiture en poivrière. Fins remplages gothiques, belles dentelles de pierre soutenant les vitraux, des baies du chœur, la corniche à modillons ciselés et soignés, les nombreuses ouvertures de tir. Les réfections furent nombreuses notamment pour le mur pignon et le portail.

 

Église Saint Martin de Remilly-lès-Pothées : Le village possède deux édifices fortifiés : le château et l’église. La tour porche, impressionnante dans ses proportions, représente un puissant fort carré, refuge pour la population. Les ouvertures de tir, rares, donnent sur la vallée, au nord. Des cordons de pierre – utiles larmiers – rythment la maçonnerie. Beau plan basilical, avec transept et chevet à cinq pans, gothiques. La fragilité du chevet contraste étonnamment avec la puissance de la tour. Cette église possède de remarquables fonts baptismaux médiévaux.

 

Église Saint Étienne de Rouvroy-sur-Audry : Originale église fortifiée du XVIème siècle implantée à Servion.

Édifié en belle pierre ocre, le mur pignon de la façade occidentale est flanqué de deux tours coiffées de toitures en poivrière. Ici, la corniche est convexe (corniche à talon) avec ouvertures de tir. Traces de bretèches. Elle n’est plus destinée au culte et accueille des manifestations culturelles temporaires. En savoir plus …

Servion dépendait de la châtellenie de Watefale (Saint-Marcel). Dès 1235, un arrêt du parlement de Paris fait mention du château fort de Watefale. Il est le chef-lieu d’une petite châtellenie regroupant 8 localités : Bolmont, Giraumont, Hardoncelle, Sonrue, Remilly et Servion. En septembre 1305, la maison forte de Watefale est mentionnée dans les chartes des comtes de Rethel. Gratien de Maillard (né à Saint-Marcel en 1490) fut gouverneur de Watefale. En 1688, le duc de Brunswick acquit cette petite châtellenie.

 

Église Saint Nicolas de Signy le Petit : La fondation du village de Signy remonte à l’an 1217. L’église est incendiée en 1636 par les Espagnols et est rebâtie en 1680 comme en témoignent trois dates : 1680, en ancres en fer forgé sur la tour ; 1684, à la clef de voûte de la première travée de la nef ; 1686, sur la bretèche (discret balcon défensif) au chevet.

Son plan en croix latine mesure 36 mètres de long, 10,66 mètres de largeur et 12 mètres de hauteur sous la voûte, sans bas-côtés. Ses murs énormes – 3 mètres d’épaisseur à la base de la tour, un mètre à la nef et au transept – sont en schiste quartzeux, sauf les ouvertures dont les pieds-droits sont en calcaire de Bossus. Des éléments de défense sont encore visible : un mâchicoulis, bouché, au-dessus du portail ; deux échauguettes (tourelles saillantes) à dix mètres du sol sur la tour-porche, soutenues par de beaux culots moulurés en pierre blanche ; deux petites échauguettes à chaque extrémité du transept ; des traces de bretèches au-dessus de baies. On découvre également de belles corniches finement appareillées en briques. Des maisons sur la place furent reconstruites durant la même période que l’église, comme le prouvent les millésimes affichés : 1666, 1675 …

 

Église Saint Cyr et Sainte Julitte de Tarzy : Tarzy existait déjà en 1132. Lors de l’invasion de 1555, l’église est saccagée. Elle est rebâtie en 1570. Mais, de nouveau en 1636, l’envahisseur brûle les églises d’Éteignères, Fligny, La Neuville-aux-Tourneurs, Signy-le-Petit, Saint-Michel et Tarzy.

La tour défensive au chevet a été arasée. Les ouvertures de tir, impressionnantes, présentent des embrasures larges. Un larmier court sur la maçonnerie, il permet d’atténuer les ruissellements d’eau de pluie sur le nu du mur. Au nord de Tarzy, au lieu-dit “Le Château”, s’élevait autrefois un fortin entouré de douves. Il semble avoir été détruit en 1638 par les Espagnols. Le fait est qu’à cette époque on y voit un sieur de Villelongue, commandeur pour le prince de Condé. Les Villelongue, grande famille seigneuriale de la Champagne septentrionale, ont concouru aux destinées de plusieurs châteaux ardennais : Wasigny, Guignicourt, Saint Marceau, Mesmont, Warnécourt, Neuvizy …

 

Source ardennes-thierache.com

Office de Tourisme de Rocroy et du Nord-Ouest Ardennais – 14, Place d’Armes – 08230 Rocroi – Tél./Fax. : 03.24.54.20.06 – info@otrocroi.comwww.otrocroi.com

 

À noter, le circuit thématique «Route des églises fortifiées de Thiérache». De Charleville-Mézières à la limite du département de l’Aisne, la route balisée des églises fortifiées de Thiérache forme une boucle de 150 km qui, entre les forêts de Signy-le-Petit et de Signy-l’Abbaye, chemine dans un paysage de collines et de bocages.

 

 

 

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