Appeler ou un souci constant : les vocations

Monseigneur, depuis que vous êtes arrivé dans le diocèse, vous exprimez fortement ce souhait que les communautés portent le souci des vocations.

Mgr Thierry Jordan – Une part essentielle de la mission d’un évêque, mais aussi des prêtres, de tout le peuple de Dieu, est de servir les vocations. Nous évoquons souvent les vocations spécifiques, où il est question de donner sa vie au Seigneur, d’une façon ou d’une autre, mais il y a aussi les vocations au sens large, qui demandent à être bien comprises, comme le mariage, ou certains métiers : on parle de vocation médicale, par exemple. Bien sûr, je suis sensible aux vocations spécifiques, mais profondément, il s’agit pour l’Église, dans son ensemble, d’aider chacun à devenir ce pour quoi il est fait. Du côté des éducateurs, un grand service est donné là en aidant quelqu’un à être bien en lui-même, ce qui favorise un discernement serein. Mais il faut reconnaître que se fait particulièrement pressant le besoin de vocations à la vie religieuse et au ministère de prêtre diocésain.

Vous estimez que cet appel n’est pas assez relayé

En effet, ce n’est pas une question bête. Elle permet que ceux et celles qui se sentent concernés se disent : “On ne se moquera pas de moi”. Personnellement, dans ma famille, pratiquante, personne n’a fait pression sur moi : j’étais scout, clerc … Mais au moment où j’ai voulu parler de l’avenir, on m’a répondu : “Passe d’abord ton bac !” Ça repousse toujours à plus tard … Or un jeune qui s’interroge doit être pris au sérieux au moment même où il s’interroge, afin de pouvoir vivre sa vie à fond, ce qui n’est possible que si la question a été entendue ; elle peut être permanente ou revenir plus tard, mais il faut être là à chaque moment pour l’accompagner.

Qu’attendez-vous à partir de là ?

À partir du moment où la question émerge, parce qu’un appel extérieur aura rejoint un appel intérieur, il faut un frère ou une soeur aîné(e) pour être près d’eux, un accompagnateur à qui ils peuvent parler en toute liberté, car c’est cette liberté qui est en cause ; que cet aîné l’aide à nourrir sa foi, à s’ouvrir à une dimension plus large du service des autres, à saisir les occasions de rencontre d’autres jeunes : les mouvements, les temps forts diocésains, Taizé … Il est important aussi qu’à travers de telles rencontres, un jeune apprenne à aimer le diocèse, surtout s’il doit être un jour appelé comme prêtre diocésain et que, plus largement, il découvre l’Église, une Église “vivante” dans le monde, qui espère des témoins.

L’attitude de l’accompagnateur est l’écoute ; il ne s’agit pas d’imposer, mais d’offrir quelques pistes de discernement, d’ouvrir des perspectives. Enfin, je ne vois pas comment un jeune peut accueillir cet appel sans accueillir la Parole de Dieu, s’en nourrir et apprendre à entrer par là dans la familiarité de la prière. Un réel discernement ne se joue pas en vase clos, mais bien dans une relecture du quotidien, où l’on souhaite que le jeune soit “bien dans sa peau”.

Je reviens sur votre insistance à ce que tout le diocèse se sente concerné

Comme évêque, je me demande ce que signifie un diocèse où les entrées en formation n’émergent pas. Pourquoi ? Car Dieu continue d’appeler. On ne sent pas un vrai courant, une réelle dynamique à ce niveau. Dans la ville de Reims, pas un jeune, depuis l’an 2000, qui n ‘est entré en formation pour le diocèse. Ose-t-on, comme parents, comme éducateurs, dire à un jeune : “Si tu te poses cette question et que tu souhaites en parler, on sera heureux d’être là avec toi”. Ose-t-on la faire germer ? Il y a eu heureusement, par contre, quelques entrées de garçons et de filles dans la vie consacrée …

Ce souci va demeurer ?

Bien sûr, je ne me désintéresse pas de la question. Qui plus est, je vais rejoindre mon diocèse d’origine, en résidence dans la paroisse où j’ai été accompagné, ordonné. Et l’évêque de Versailles m’a demandé de consacrer mon temps à l’accompagnement de prêtres, de diacres, de laïcs en mission ecclésiale, de grands jeunes en recherche … Je suis content que ce soit cette mission, entre autres, que l’on m’ait proposée.

Source Reims-Ardennes – juin 2018

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