Rencontre avec le Père Henri Brisfert, prêtre ouvrier

À l’occasion de son émission “Rencontres Ardennaises”, le Père Lucien Marguet recevait dernièrement le Père Henri Brisfert, prêtre ouvrier. Il partage avec nous l’expérience de son ministère presbytéral au cœur d’un monde quelquefois très éloigné de l’Église, le monde ouvrier.

Source RCF Reims-Ardennes :

 

 

Prêtre ouvrier, un ministère spécifique

 

On donne volontiers le titre de prêtre-ouvrier à tout prêtre qui sait se faire proche et compréhensif, attentif à la vie ordinaire et aux difficultés des petites gens, même s’il n’exerce pas un emploi salarié. Pourtant, nombre de prêtres au travail ne souhaitent pas s’appeler ainsi, soit qu’ils travaillent dans d’autres secteurs d’activité, soit qu’ils veuillent garder leur indépendance personnelle.

Par contre, près de 600 prêtres en France, 250 dans les pays limitrophes (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Italie, Portugal, Suisse) et quelques-uns dans le Tiers Monde revendiquent cette appellation, que leur donnent leurs camarades de travail et qu’ils aiment abréger en «P.O.». Ils s’organisent entre eux en totale autonomie pour leur réflexion commune, leur expression publique et leur formation permanente.

Du fait de l’évolution récente des entreprises et de l’économie, les prêtres-ouvriers ont dû diversifier leurs insertions professionnelles, et ils ont cessé d’exercer uniquement des métiers manuels. Syndiqués pour la très grande majorité, ils assument souvent des responsabilités au sein de leurs entreprises ou de leur profession. Seule une petite minorité d’entre eux adhèrent à un parti politique. Du fait de leur âge, la moitié d’entre eux ont dû cesser leur activité professionnelle pour s’investir dans des associations. Cette proportion est appelée à augmenter rapidement dans les années à venir. Les prêtres plus jeunes, bien moins nombreux, tendent à orienter leur action en faveur des victimes de l’exclusion sociale.

Prêtres diocésains pour la plupart, issus de groupes voués à l’apostolat en milieu ouvrier tels que la Mission de France, le Prado, les Fils de la Charité, religieux de différentes provenance, les prêtres-ouvriers n’ont jamais voulu former un nouvel ordre religieux ni une congrégation à part. Ils sont associés comme partenaires à la Mission ouvrière. Ils continuent à relever de la responsabilité de leurs évêques respectifs.

C’est en effet un vote unanime des évêques français, avec l’accord du pape Paul VI, le 28 octobre 1965, lors de la dernière session du concile de Vatican II (1962-1966), qui a relancé des prêtres au travail salarié après le coup d’arrêt imposé par le pape Pie XII, le 1er mars 1954, aux premiers prêtres-ouvriers, qui ne s’y sont pas tous soumis. Rapidement, surtout à la faveur du mouvement de «dé-clergification» qui animait les jeunes prêtres français des années 1968-1975, leur nombre dépassa toutes les prévisions et approcha le millier, alors que, dans la première période (1945-1954), ils n’avaient jamais dépassé la centaine.

À l’origine de cette initiative apostolique, il n’y eut pas, comme c’est souvent le cas, un fondateur prophétique mais une série d’expériences historiques, imposées par les circonstances de la Seconde Guerre mondiale. Elles mirent un grand nombre de prêtres, pendant des mois et des années, au contact des hommes ordinaires, dans la vie quotidienne particulièrement difficile des camps de prisonniers de guerre ou du service du travail obligatoire. Ce fut pour beaucoup une découverte marquante, qui fit souhaiter à quelques-uns, comme une condition de réalisme et de crédibilité de leur apostolat, de continuer à partager les conditions de vie des gens du peuple, dans la lignée d’une longue tradition de travail manuel, jamais complètement disparue dans l’histoire du clergé séculier et de divers ordres religieux. Le contraire surprendrait dans une Église qui se réclame du Christ «charpentier de Nazareth» et de l’apôtre Paul, qui travaillait de ses mains pour «annoncer gratuitement l’Évangile».

Ils y furent encouragés par les recherches de Henri Godin, fondateur de la Mission de Paris (1943), l’impulsion du cardinal Suhard, archevêque de Paris (mort en 1949), et la réflexion théologique du père Chenu, qui légitimait leur sacerdoce, cela malgré la méfiance, l’hostilité, les dénonciations de catholiques influents, les craintes et les mises en garde d’évêques français et du Vatican.

Cette pratique, qui a pu paraître un temps révolutionnaire, avant de risquer peut-être aujourd’hui d’être jugée dépassée, a été explicitement authentifiée par le concile de Vatican II. Dans plusieurs pays d’Europe de l’Est sous régime communiste, de nombreux prêtres y furent contraints de longues années durant. Quelques-uns d’entre eux souhaitent ne pas perdre maintenant le bénéfice de cette «inculturation», qu’ils jugent indispensable à la mission de l’Église dans les couches populaires.

Source diocèse d’Évry

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