Un beau témoignage

Texte composé et lu le 11 novembre 2018, devant le monument aux Morts, par Lola BELOTTI de Villers Allerand élève de 3ème au collège de Rilly la Montagne.

J’ai toujours été indifférente face à la guerre, sans trop savoir toutes les horreurs qu’elle  dissimule. Avant, je venais à la cérémonie et j’écoutais les discours, j’entendais les noms des soldats accompagnés d’un « mort pour la France ». J’attendais dans le silence pendant une minute sans trop savoir à quoi cela correspondait.

Aujourd’hui, je viens sur cette place et je sais un peu plus de choses sur l’histoire de ces soldats. J’ai encore du mal à m’imaginer ce qu’ils ont pu vivre pendant ces quatre années, je crois d’ailleurs qu’il me sera impossible de m’en rendre totalement compte ! Il m’est déjà arrivé de me mettre dans la peau d’un soldat ! Je suis incapable de m’imaginer quitter ma famille, partir au front, vivre avec cette peur constante.

Me poser la même question chaque jour « Quand-est-ce-que-je-tomberai ? ». Sympathiser avec d’autres soldats pour les voir mourir quelques instants plus tard. Vivre entourée de cadavres, dans la boue, le froid, les intempéries. Le bruit des coups de feu, des bombardements toute la journée, porter 30 kilos d’équipement. Peut-être même vivre blessée, avec des plaies inimaginables, avoir des séquelles importantes, être défigurée pour hériter du surnom de « gueule cassée ».

En venir à tuer un ennemi contre ma volonté, et vivre avec une, voire plusieurs  morts sur la conscience !

Si je suis père de famille et que j’ai la chance de rentrer chez moi, comment retrouver une vie normale après cela ? Si je reviens défigurée, comment le vivra ma famille ? Imaginez-vous des enfants regarder chaque jour leur père, avec peut-être, un nez en moins, un membre en moins, un sourire en moins ?

si je suis une femme, voir mon mari me quitter, me demander chaque instant s’il va bien ? S’il reviendra un jour ? Attendre sa lettre, avec impatience. Devoir éduquer nos enfants, seule, en leur disant de ne pas s’en faire, que leur père reviendra, sans en être sûre ! vivre avec trop peu de nourriture, aller aux champs pour assurer nos revenus devenus insuffisants. Voir les prix des aliments augmenter et les portions diminuer !

4 ans ! ce n’est pas 4h de combat, 4 jours de combats mais bien 4 années. Dit comme cela, ce n’est qu’un chiffre, on ne se rend pas forcément compte. Pour moi, 4 années ce n’était pas trop  important, alors on m’a demandé de le comparer à des années scolaires. Je me suis rendue compte à quel point c’était long, parce que cela correspond à toutes les années de collège !

La guerre aujourd’hui n’est pas la même qu’il y a un siècle ! Maintenant, nous avons des armes beaucoup plus dangereuses.

Ce dont je ne me rendais pas compte, c’était la vie des soldats ! Il y a beaucoup de jeux vidéo sur la guerre. Dans ces jeux, il est difficile de s’imaginer une vraie guerre, le personnage incarné ne possède pas une seule vie mais plusieurs ! On peut rejouer autant de fois que l’on veut. Les soldats n’ont joué qu’une fois, ils ont perdu leur seule vie.

Lola BELOTTI

Quelques photos de la messe du 10 novembre à Sillery