Fin de vie, faut-il réviser la loi ?

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) s’est prononcé à une très large majorité pour la légalisation de la “sédation profonde explicitement létale”, ce qui revient à accepter l’euthanasie et le suicide assisté, deux actes pour l’instant interdits par la loi en France. Une prise de position adoptée alors que depuis le 18 janvier dernier, les États généraux de la bioéthique se poursuivent dans toute la France. Des débats publics sont notamment organisés en vue de la prochaine révision des lois de bioéthique attendue à la rentrée. Parmi les sujet les plus abordés, la PMA et aussi la fin de vie, sans doute parce que ce sont deux domaines où la loi pourrait changer.

Ne pas réserver le débat aux experts

Est-il vraiment déjà temps de faire une nouvelle fois évoluer la loi ? La dernière, la loi Claeys-Leonetti, date seulement de 2016 et la Haute autorité de santé (HAS) vient de publier le guide destiné à en expliquer la mise en œuvre. La révision des lois de bioéthique est aussi l’occasion de sensibiliser le grand public à des questions qui concernent chacun, intimement, et sur lesquelles paradoxalement, on est peu au faîte des grands enjeux. “L’éthique des soins palliatifs s’est construite dans la pratique, avec les soignants qui ont commencé à penser leur pratique”, explique Marie-Dominique Trébuchet. “Réflexion et pratique sont indissociables”, admet le Dr Dominique Varin, auteur de “Voyage à la frontière de la vie” (éd. JC Lattès). Mais qu’en est-il du grand public ? Une réflexion de fond existe-t-elle dans la population en général ? “Je ne pense pas, confie le médecin, on est assez scindés entre partisans de l’euthanasie et adversaires de l’euthanasie, sans réflexion majeure à ce propos, ce qui est une problématique quand même”.

Mieux former le personnel de santé

“On forme des futurs professionnels de santé à des gestes techniques, observe Éric Fourneret, mais la formation à ces questions plus délicates de société – questions éthiques, philosophiques – sont beaucoup moins présentes et mériteraient, vu la gravité de la situation, d’être énormément présentes”. Le personnel de santé doit aussi pouvoir être “dans le dialogue avec la personne malade, le rapport inter-individuel très intime”, observe le Dr Varin.

Libre arbitre et fin de vie

Autoriser ou non le suicide assisté ou l’euthanasie : le débat sur la fin de ne se limite pas à cette question. Ainsi pour Éric Fourneret, “il y a une question fondamentale occultée depuis le début qu’on débat en France et même ailleurs, c’est tout simplement la question de savoir si une personne qui veut mourir est-ce qu’elle le veut librement ?” Ainsi, quand on est dans une situation de dépendance – de précarité socio-économique, de polyhandicap, de grand âge, de maladie grave … – la volonté de mourir relève-t-elle d’un choix libre et conscient ? “Cette question elle doit être affrontée clairement”, pour le philosophe.

Pour Marie-Dominique Trébuchet, il est nécessaire de “prendre conscience du fait que la question de la fin de vie et de l’approche de la mort se pose de manière plus angoissante quand la mort approche”. Elle rappelle combien cette question est “éminemment personnelle et éminemment sociale”. Pour la théologienne ce sont “des choix de société que nous devons faire ensemble, en solidarité ; tout cela est sous-tendu par une vision de l’homme, de la personne humaine, en relation avec les autres”.

 

Émission enregistrée en duplex avec RCF Isère. Invités :

  • Dr Dominique Vari, médecin généraliste, membre d’une équipe mobile de soins palliatifs dans le groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière (Paris XIII), membre d’une équipe pédagogique d’enseignement des soins palliatifs
  • Éric Fourneret, philosophe, membre du Centre de recherche Sens, éthique et société (CERSES) à l’université Paris-Descartes
  • Marie-Dominique Trébuchet, théologienne, spécialiste de théologie morale, directrice de l’Institut supérieur d’études religieuses (IER) de l’Institut catholique de Paris (ICP), bénévole à la maison Jeanne-Garnier (Paris), vice-présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP).

 

Source RCF :

 

 

 

 

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