Les moines de Tibhirine reconnus martyrs par le Pape François

Les martyrs d’Algérie bientôt bienheureux ! Le Pape François a signé samedi 27 janvier, le décret autorisant la béatification de dix-neuf religieux catholiques, hommes et femmes morts pendant la guerre civile en Algérie. Cette guerre civile avait fait au moins 200 000 morts parmi la population algérienne durant les années 1990.

Un procès en béatification ouvert à plusieurs religieux

Parmis ces “martyrs de la foi” désormais officiellement reconnus par l’Église catholique, figurent les sept moines de Tibhirine enlevés dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, à 80 km au sud d’Alger. Sept moines désormais connus du grand public grâce au magnifique film de Xavier Beauvois “Des hommes et des dieux”.

Figurent également parmi ces futurs bienheureux, Mgr Pierre Claverie, l’Évêque d’Oran tué le 1er août 1996 dans l’explosion d’une bombe déposée devant son évêché. On compte également sur cette liste, quatre pères blancs assassinés à Tizi Ouzou et des religieuses qui vivaient depuis longtemps en Algérie.

Un enjeu, celui du dialogue islamo-chrétien

Après la reconnaissance comme martyrs de Mgr Pierre Claverie et ses dix-huit compagnons, les Évêques d’Algérie ont publié un communiqué commun dans lequel ils expriment leur joie. Une joie empreinte de gravité car si l’Église reconnaît 19 martyrs pendant cette décennie noire en Algérie, les Évêques d’Algérie soulignent que “leur mort met en lumière le martyre de tous les autres, algériens, musulmans, chercheurs de sens qui, artisans de paix, persécutés pour la justice, sont restés fidèles jusqu’à la mort durant cette période”.

Derrière ces béatifications, il y a tout l’enjeu du dialogue islamo-chrétien. Et c’est l’une des raisons pour lesquels le Pape François est d’ailleurs un ferveur défenseur de cette cause. Le Père Thomas Georgeon, postulateur en a été le témoin en septembre dernier, lorsque le Pape a manifesté un intérêt tout particulier sur les circonstances de la mort de Mgr Claverie.

Des béatifications en Algérie ?

Aucune date n’a cependant été fixée en ce qui concerne ces béatifications. Mgr Jean-Paul Vesco a toutefois confié que les béatifications auraient lieu cette année en Algérie sur la terre des 19 martyrs. Une Église d’Algérie qui a à cœur que la célébration de béatification ait lieu sur place, et plus particulièrement à Oran.

Quoi qu’il en soit, ces 19 nouveaux bienheureux sont indissociables du peuple et du destin algérien. Les frères de Tibhirine témoignaient de l’Évangile à travers leur exploitation agricole, les sœurs de Notre-Dame des Apôtres enseignaient la broderie aux femmes, le frère mariste Henri Vergès et sœur Paul-Hélène, petite sœur de l’Assomption s’occupaient de la bibliothèque de la Casbah à Alger … Pour terminer, quelques mots écrits par le frère Christian de Chergé, le prieur du monastère de Tibhirine : “La foi de l’autre est un don de Dieu, certainement un mystère. Donc cela demande du respect”.

Source RCF

 

Le père Thomas Georgeon, postulateur de la cause en béatification nous rappelle pourquoi ce procès en béatification a été ouvert à tous ces religieux :

 

Communiqué des Évêques d’Algérie suite à l’annonce de la béatification de 19 religieux et religieuses

 

Communiqué des Évêques d’Algérie qui annonce de la béatification de 19 religieux et religieuses dont Monseigneur Paul Claverie et les sept moines de Tibhirine.

Notre Église est dans la joie. Le Pape François vient d’autoriser la signature du décret de béatification de «Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnes et compagnons». La grâce nous est donnée de pouvoir faire mémoire de nos dix-neuf frères et sœurs en qualité de martyrs, c’est-à-dire, (selon le sens du mot lui-même), de témoins du plus grand amour, celui de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Devant le danger d’une mort qui était omniprésent dans le pays, ils ont fait le choix, au risque de leur vie, de vivre jusqu’au bout les liens de fraternité et d’amitié qu’ils avaient tissés avec leurs frères et sœurs algériens par amour. Les liens de fraternité et d’amitié ont ainsi été plus forts que la peur de la mort.

Nos frères et sœurs n’accepteraient pas que nous les séparions de ceux et celles au milieu desquels ils ont donné leur vie. Ils sont les témoins d’une fraternité sans frontière, d’un amour qui ne fait pas de différence. C’est pourquoi, leur mort met en lumière le martyre de nombre de ceux et celles, algériens, musulmans, chercheurs de sens qui, artisans de paix, persécutés pour la justice, hommes et femmes au cœur droit, sont restés fidèles jusqu’à la mort durant cette décennie noire qui a ensanglanté l’Algérie.

Aussi notre pensée rassemble dans un même hommage tous nos frères et sœurs algériens, ils sont des milliers, qui n’ont pas craint eux non plus de risquer leur vie en fidélité à leur foi en Dieu, en leur pays, et en fidélité à leur conscience. Parmi eux nous faisons mémoire des 99 imams qui ont perdu la vie pour avoir refusé de justifier la violence. Nous pensons aux intellectuels, écrivains, journalistes, hommes de science ou d’art, membres des forces de l’ordre, mais aussi aux milliers de pères et mères de famille, humbles anonymes, qui ont refusé d’obéir aux ordres des groupes armés. Nombre d’enfants ont aussi perdu la vie emportés par la même violence.

Nous pouvons nous arrêter à la vie de chacun de nos dix-neuf frères et sœurs. Chacun est mort parce qu’il avait choisi, par grâce, de rester fidèle à ceux et celles que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain. Leur mort a révélé que leur vie était au service de tous : des pauvres, des femmes en difficultés, des handicapés, des jeunes, tous musulmans. Une idéologie meurtrière, défiguration de l’islam, ne supportait pas ces autres différents par la nationalité, par la foi. Les plus peinés, au moment de leur mort tragique, ont été leurs amis et voisins musulmans qui avaient honte que l’on utilise le nom de l’islam pour commettre de tels actes.

Mais nous ne sommes pas, aujourd’hui, tournés vers le passé. Ces béatifications sont une lumière pour notre présent et pour l’avenir. Elles disent que la haine n’est pas la juste réponse à la haine, qu’il n’y a pas de spirale inéluctable de la violence. Elles veulent être un pas vers le pardon et vers la paix pour tous les humains, à partir de l’Algérie mais au-delà des frontières de l’Algérie. Elles sont une parole prophétique pour notre monde, pour tous ceux qui croient et œuvrent pour le vivre ensemble. Et ils sont nombreux ici dans notre pays et partout dans le monde, de toute nationalité et de toute religion. C’est le sens profond de cette décision du Pape François. Plus que jamais, notre maison commune qu’est notre planète a besoin de la bonne et belle humanité de chacun.

Nos frères et sœurs sont enfin des modèles sur le chemin de la sainteté ordinaire. Ils sont les témoins qu’une vie simple mais toute donnée à Dieu et aux autres peut mener au plus haut de la vocation humaine. Nos frères et nos sœurs ne sont pas des héros. Ils ne sont pas morts pour une idée ou pour une cause. Ils étaient simplement membre d’une petite Église catholique en Algérie qui, bien que constituée majoritairement d’étrangers, et souvent considérée elle-même comme étrangère, a tiré les conséquences naturelles de son choix d’être pleinement de ce pays. Il était clair pour chacun de ses membres que quand on aime quelqu’un on ne l’abandonne pas au moment de l’épreuve. C’est le miracle quotidien de l’amitié et de la fraternité. Beaucoup d’entre nous les ont connus et ont vécu avec eux. Aujourd’hui leur vie appartient à tous. Ils nous accompagnent désormais comme pèlerins de l’amitié et de la fraternité universelle.

Alger, le 20 janvier 2018

+ Paul Desfarges, Archevêque d’Alger

+ Jean-Paul Vesco, Évêque d’Oran

+ John MacWilliam, Évêque de Laghouat

+ Jean-Marie Jehl, Administrateur de Constantine

 

Source Église de France

 

 

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