La façade de la Cathédrale Notre-Dame de Reims : trait d’union entre la terre et le ciel

Pourquoi l’usage du sacre des rois à Reims ?

Patrick Demouy. Ce sont les Carolingiens qui l’instituèrent, pour montrer la continuité et la légitimité de la royauté franque, à l’imitation de l’onction donnée par Samuel à David dans la Bible. «L’Esprit de Dieu descend sur lui», dit le livre de Samuel. Plus spécialement, Louis le Pieux, fils de Charlemagne, choisit en 816 la ville de Reims, pour recevoir la couronne impériale. Louis revenait sur les pas de son illustre prédécesseur dont il portait le nom, «(C)Lovis»1.

Où voit-on, sur la façade de notre cathédrale, la dimension royale du baptême ?

La façade donne à voir d’abord, la royauté du Christ, de Marie, puis le baptême d’un homme, Clovis. On n’y voit pas le sacre, mais le baptême d’un roi. Par son baptême, le roi contribue à conduire le peuple des baptisés vers un royaume qui n’est pas de ce monde, en faisant régner la paix, la justice, en portant secours aux opprimés dans le respect de l’Église. La profusion du décor n’empêche pas de dégager un programme iconographique très cohérent.

Comment s’organisent les trois portails et les trois gâbles ?

Au trumeau, Notre Dame de Reims accueille les fidèles. De part et d’autre du portail central, Salomon reçoit la reine de Saba, symbole de l’Église qui accourt pour entendre la parole de Dieu. Le portail central est consacré à la Vierge, couronnée par Jésus, au gâble. Elle nous montre que le chemin du ciel, c’est de suivre son fils. La Vierge est vénérée (ce qui n’est pas lui rendre un culte) : au Moyen-âge, l’image de Marie est l’image de l’Église. Au portail de gauche, le Christ souffre la passion et meurt sur la croix. Au portail de droite, il triomphe de la mort : il montre ses mains transpercées. C’est son retour glorieux, la parousie.

Au niveau de la rose ?

Le Christ ressuscité occupe l’étage de la rose avec les personnages auxquels il est apparu, les témoins : les pèlerins d’Emmaüs se font face de chaque côté de la rose. À gauche se trouvent saint Jean, puis le Christ d’Emmaüs vêtu en pèlerin, puis sainte Madeleine qui parle à saint Pierre, enfin saint Pierre lui-même, réagissant à ce que lui dit sainte Madeleine avec une pose de main quasi théâtrale. Juste au-dessus de la rose, des reliefs monumentaux relatent le combat de David contre le géant Goliath, ce qui signifie que celui qui s’appuie sur le Seigneur triomphe, même s’il est faible. Les voussures de l’arc de décharge présentent, quant à elles, les scènes de la vie du roi David et de Salomon, les rois sacrés de l’Ancien Testament.

À l’étage le plus élevé ?

Au centre, six personnages entourent Clovis, plongé dans la cuve baptismale. C’est l’acte fondateur, puisqu’il marque la conversion de tout un peuple, par son roi, à la religion chrétienne. Ce qui a aussi une répercussion à l’échelle européenne, par l’intermédiaire de Charlemagne dont Louis le Pieux est le fils. Enfin, de part et d’autre, la célèbre galerie des Rois, statues gigantesques de monarques des diverses dynasties, ceinture la base des tours.

1- Le roi mérovingien Clovis y reçut le baptême en 498-499 des mains de saint Remi. Pour aller plus loin : Cathédrale de Reims de Patrick Demouy, aux éditions La Goélette.

Propos recueillis par Élisabeth Joubert auprès de Patrick Demouy
Source : Revue Reims-Ardennes – janvier 2019

 

Nous contacter

Laissez nous un message !

En cours d’envoi
© Diocèse de Reims - 2016

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?