Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour les confirmations des adultes – Dimanche 9 juin

Homélie pour la solennité de la Pentecôte, année C, le dimanche 9 juin 2019, en la cathédrale Notre-Dame de Reims, confirmation des adultes.

Frères et sœurs, vous qui allez être confirmés, vous vous êtes approchés de ce sacrement par des chemins tous différents. Des événements ont provoqué dans la courbe de votre vie une inflexion inattendue, une rupture, ou un accomplissement, qui vous ont placés face au Seigneur Jésus ou dans sa présence. En ce matin, grâce à vous, nous allons, nous qui vous entourons, vivre le grand moment de la Pentecôte. La liturgie de la Parole nous fait entendre une triple promesse de la part de Dieu.

La première nous est donnée dans l’Évangile. « L’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». Vous avez compris, frères et sœurs, cette vérité essentielle : être chrétien, c’est vivre dans la présence de Jésus, le Seigneur Ressuscité. La vie chrétienne ne consiste pas à compenser une absence, mais à nous habituer à vivre dans une présence plus forte, plus réelle, mais pour cela moins saisissable que les présences ordinaires de ce monde. Il ne s’agit pas de vivre dans la nostalgie du temps de la présence de Jésus en Galilée, en Samarie et en Judée. Il s’agit de nous ouvrir à la présence du Ressuscité qui vient à nous pour nous ouvrir de l’intérieur et nous faire entrer déjà dans la communion qui sera la vie pour toujours. Pour cela, Jésus nous invite à « garder sa parole », à « garder ses commandements ». « Garder », frères et sœurs, comprenons-le, n’est pas tout à fait « respecter ». « Respecter la loi », c’est faire le minimum pour être en règle avec elle ; « garder les commandements » ou « garder la parole de Jésus », c’est se laisser habiter par elle, se laisser travailler intérieurement par les commandements du Seigneur ; c’est accepter que notre vie soit mesurée par eux, que toujours cette parole vienne nous stimuler, nous relancer, qu’elle mette en lumière ce qu’il y a d’obscur en nos cœurs et en nos pensées mais parce qu’elle nous donne l’espérance que nous n’en sommes pas prisonniers. L’Esprit-Saint, donc, vous est donné aujourd’hui, pour que vous puissiez garder la parole du Seigneur en vous souvenant de « tout » ce qu’il a dit. Lui vous rappellera à certains moments telle ou telle parole du Seigneur, tel ou tel geste du Seigneur, pour que vous décidiez de vos gestes, de vos paroles, dans la lumière de ceux-là, pour que vous laissiez votre pensée la plus profonde être habitée par ces paroles du Seigneur. Ainsi, au long de votre vie, vous apprendrez aussi à entendre les paroles du Seigneur Jésus non pas comme des paroles venues d’un passé lointain qui s’effacerait si ces paroles n’avaient pas été écrites, mais comme des paroles vives, les paroles, la parole, que Jésus vous adresse aujourd’hui, ce qu’il attend, ce qu’il espère de vous en telle ou telle circonstance de votre vie.

La seconde promesse nous est portée par l’Évangile et par saint Paul. Jésus annonce qu’il priera le Père et que celui-ci « nous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec nous ». Saint Paul, lui, nous a fait entendre une différence étonnante entre l’emprise de la chair et l’emprise de l’Esprit et il conclut : « Vous n’avez pas reçu un esprit qui fait de vous des esclaves et vous ramène à la peur ; mais vous avez reçu un Esprit qui fait de de vous des fils » et des filles. On peut le traduire autrement. Nous pouvons dans notre vie voir surtout ce qui manque, regarder les autres avec méfiance comme des adversaires potentiels, rechercher le plaisir quoi qu’il en soit des autres, ne pas nous gêner, suivre notre caprice par peur que le moindre renoncement soit déjà une mort, ne pas accepter d’être aidés comme si toute dépendance à l’égard d’autrui était une abdication de soi-même. C’est cela, l’emprise de la chair, non pas la chair, notez-le bien, mais son emprise : tout vivre sous l’horizon de la mort et du péché ou sous l’horizon de la peur de manquer, de la peur de souffrir, de la peur de ne pas s’accomplir. L’Esprit-Saint, lui, nous est donné pour que nous puissions vivre en regardant déjà la vie éternelle, la vie pour toujours, en ayant confiance que la vie est un don du Créateur qui est un Père qui nous veut vivants pour toujours,  en voyant dans ceux qui nous entourent ceux et celles qui seront nos frères et nos sœurs pour l’éternité. Bien sûr, il ne s’agit pas d’être naïfs : certains, ici-bas, nous sont bienfaisants, d’autres peuvent nous faire du mal ; mais en eux aussi l’Esprit-Saint veut travailler et le Seigneur Jésus compte sur nous aussi pour contribuer à leur libération. L’Esprit-Saint nous est donné pour que nous vivions les différents événements de notre vie non pas simplement en tant qu’ils nous permettent plus de confort, plus de contentement en nous-mêmes, plus de reconnaissance sociale, non pas non plus en tant qu’ils nous en privent, mais en tant qu’ils nous permettent de recevoir davantage des autres ou de mieux les servir. C’est pourquoi Jésus appelle l’Esprit-Saint le Défenseur : « Je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous. » Le mot grec est « paraclet », celui qui console et celui qui défend comme un avocat défend son client et non comme un guerrier défend une position. L’Esprit-Saint vous est donné pour vous rassurer au long des jours. Il arrivera peut-être en effet que vous doutiez de votre capacité de vivre devant l’horizon de la vie éternelle plutôt que celui de la mort. Parfois, si, à Dieu ne plaise, vous chutiez, l’Esprit-Saint vous consolera et vous assurera que vous valez mieux que vos chutes, que ce que Dieu a fait de vous, son fils ou sa fille, est plus fort que tout péché, que vous pouvez repartir sur le chemin du Seigneur.

Enfin, la troisième promesse est rapportée par le récit des Actes des Apôtres. Saint Luc note que la foule s’étonnait d’entendre les apôtres proclamer les merveilles de Dieu dans les langues différentes de ceux qui étaient rassemblés. On peut comprendre ce prodige de bien des manières. Vous êtes, vous les confirmands de ce jour, différents ; lors des rencontres qui ont jalonné votre préparation, vous avez pu faire un peu connaissance et vous avez mesuré la diversité de vos chemins. Chacun de vous sera, par son existence même, désormais, une manière singulière de « parler des merveilles de Dieu ». L’Esprit-Saint vous est donné pour cela, pour qu’à travers vos choix les plus concrets, vos attitudes les plus quotidiennes, vous manifestiez les merveilles de Dieu. Vous serez alors un signe d’espérance pour ceux qui vous rencontreront.

Alors, frères et sœurs, chers confirmés de ce jour et vous qui les entourez, baptisés et confirmés de plus ou moins longue date : osez vivre en chrétiens, osez vivre en laissant retentir en vous les paroles du Christ et en vous rendant attentifs à la parole qu’il vous adressera, ici et maintenant, lorsqu’il attendra, lorsqu’il espèrera, lui le Vivant, que vous franchirez un pas nouveau ; osez faire confiance à l’Esprit-Saint qui vous fera vous souvenir des paroles de Jésus et qui vous assurera que vos efforts pour vivre en fils ou en filles de Dieu ne sont jamais vains, même lorsque vous aurez le sentiment d’échouer, qui vous convaincra d’oser demander le pardon de Dieu pour être relancé dans votre marche ; osez, enfin, dans tous vos actes, proclamer, discrètement et largement, les merveilles de Dieu, lui qui nous appelle à la vie pour toujours,

 

Amen

Nous contacter

Laissez nous un message !

En cours d’envoi
Diocèse de Reims - 2016 © Corinne Salmon - Mentions légales

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?