Homélie de Mgr de Moulins-Beaufort pour l’appel décisif des catéchumènes

Dimanche 10 mars – Premier dimanche de Carême – Basilique Saint-Remi à Reims

Mgr Eric de Moulins-Beaufort a eu la joie d’appeler 22 catéchumènes au baptême ce dimanche 10 mars en la Basilique Saint-Remi de Reims. 22 personnes ont été appelées de 13 paroisses différentes, 8 hommes et 14 femmes entre 18 et 73 ans. Quelle joie pour notre diocèse ! 

Retrouvez ci-dessous, l’homélie prononcée par l’archevêque de Reims à cette occasion. 


Pendant le temps du Carême, lors de la première prière du matin, l’Église chante : « Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu ». Le premier dimanche de Carême, chaque année, nous appelle à contempler Jésus qui est passé en avant de nous tous pour mener le combat décisif pour notre libération et notre liberté.

Selon le récit de saint Luc, il a été plongé dans le Jourdain par Jean le Baptiste et il a été confirmé comme le Fils bien-aimé. Poussé par l’Esprit, il part dans le désert pour être tenté pendant quarante jours par le diable. Il est seul encore, il n’entraîne personne avec lui. Plongé dans l’eau au milieu de la foule, un parmi les autres, il accepte d’être un homme au milieu des hommes pécheurs ; dans l’immense solitude du désert, tout se joue dans son cœur, à l’intime de sa liberté. Avant d’entrer dans la phase publique de sa vie, avant d’aller à la rencontre de tous et de proclamer sa bonne nouvelle de la grâce divine, il lui faut affermir son cœur dans le choix de Dieu. Il refuse de transformer une pierre en pain, parce que la vie est autre chose que la nourriture ; il refuse le pouvoir que lui promet le démon parce que porter la vie est autre chose que soumettre les hommes à son pouvoir ; il refuse de mettre Dieu au défi de le sauver de la mort, parce que vivre en Dieu ou de Dieu n’est pas échapper à la mort, en être dispensé, mais en être vainqueur, non pas d’abord en son corps mais en sa liberté profonde.

Dans le récit évangélique, la tentation de Jésus paraît facile : d’une parole, il écarte la fascination des paroles du diable. Notre expérience nous paraît plus complexe ; nous savons combien ce que nous appelons notre chair se laisse séduire par la tentation, subit l’attraction de ce que le démon propose ; nous savons que nous ne nous détachons pas si facilement, que nous chutons parfois pour reprendre le combat ensuite, que certaines décisions nous coûtent terriblement. Mais saint Luc nous éclaire en annonçant que « le diable s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé ». Il reviendra au moment de la Passion. Alors, il faudra à Jésus être fidèle au choix initial, ne pas chercher, ne pas réclamer d’autres moyens que celui voulu par le Père, celui de la solidarité radicale, sans réserve, avec la condition humaine, si vulnérable au mal gratuit, injuste et injustifiable. Ce qui paraît si simple à Jésus vu de l’extérieur exige en réalité toute la mobilisation intérieure du Fils de Dieu en notre chair, du Fils de Dieu qui s’est fait homme sans réserve. Il vit notre condition humaine en fils bien-aimé du Père, il consent à la vivre ainsi jusqu’au bout, même dans la contradiction où elle nous place. Dans le désert donc, il s’est avancé pour affronter le démon, pour écarter en quelque sorte un temps sa prise sur l’humanité, afin de pouvoir semer ses paroles de vie, afin de pouvoir installer dans l’humanité un dynamisme nouveau, afin de commencer à rassembler les êtres humains non selon les races ou les cultures, non selon les logiques des royaumes plus ou moins organisés, non selon les mythes reçus des ancêtres, mais selon l’espérance que la vie partagée ouvre à la vie éternelle, parce que le Créateur est le Père qui aime ses enfants et les veut vivants pour toujours.

Frères et sœurs, chers amis catéchumènes, vous vous préparez à professer la foi dans la nuit de Pâques et à ce qu’elle soit scellée en vous par le baptême et la confirmation. Vous allez confesser que Dieu le Père, le Créateur, a envoyé son Fils Jésus pour nous sauver ; que Jésus est le Fils envoyé par le Père pour faire de nous ses fils et ses filles bien-aimés malgré notre péché et pour nous donner l’Esprit sanctificateur. Saint Paul concentre tout cela en une double formule : « Jésus est Seigneur ; Dieu l’a ressuscité d’entre les morts. » Comprenez bien qu’il ne s’agit pas là de mots, de formules à ajouter à toutes sortes d’autres explications du monde. Saint Paul, vous l’avez entendu, distingue deux moments : « C’est avec le cœur que l’on croit pour devenir juste, c’est avec la bouche que l’on affirme sa foi pour parvenir au salut. » Croire que Dieu a ressuscité Jésus d’entre les morts, c’est s’ouvrir à une manière toute nouvelle d’être et de vivre, car c’est reconnaître que la mort a été affrontée et dépassée, renversée, par ce Jésus-là, et que le péché a été vaincu pour qu’à notre tour nous puissions le vaincre. Affirmer avec sa bouche, c’est mettre en œuvre cette foi, c’est la rendre active. Ce peut être  l’exprimer, l’expliquer, la proposer à d’autres, mais c’est surtout et avant tout, la laisser monter de notre cœur le plus intime vers nos actes les plus extérieurs, en passant par nos pensées et nos décisions. Jésus est passé en avant de nous et de tous les hommes pour briser l’esclavage du péché et l’horizon de la mort, il nous entraîne à sa suite pour que, dès ici-bas, nous vivions en marchant vers la Terre Promise, déjà selon les réalités de la Terre Promise.

Chers amis, dans un instant, je vais vous appeler. Par ma voix, c’est Dieu le Père qui vous appelle à suivre son Fils, à lui faire confiance, à écouter sa parole, à croire en la force de son œuvre. Osez croire ce qui a monté dans les profondeurs de votre cœur et osez accepter que cela détermine votre vie désormais. Osez changer, à mesure que vous le découvrirez, ce qu’il y a à changer dans vos vies pour qu’elles confessent davantage que « Jésus est Seigneur » ! Réjouissez, tout au long de votre vie, selon ce que nous avons demandé dans la prière d’ouverture de la Messe, de « progresser dans la connaissance du Christ Jésus » pour avancer dans une « vie de plus en plus fidèle ».

Vous autres, frères et sœurs, baptisés de plus ou moins longue date, vous savez qu’il y a un combat à mener. Mais il s’agit du combat de Dieu, que nous devons mener avec les armes de Dieu, celles que Jésus met entre nos mains. Aucune arme des hommes, mais sa Parole, son Eucharistie, sa prière, sa charité qui doivent pénétrer nos cœurs et imprégner nos actes. Il y a un combat à mener parce que nous éprouvons, parfois douloureusement, que, malgré nos bonnes intentions, nos grands désirs, bien des épaisseurs en nous résistent ou se montrent réticentes. Il y a un combat à mener parce que l’humanité redoute de se laisser convaincre par Dieu, de faire le pari de sa bonté et de sa puissance. Il y a un combat à mener, parce que nous aimerions tous arriver au but en peu de temps, alors que nous découvrons la longueur du chemin et ses difficultés récurrentes. Nos amis catéchumènes vont nous rejoindre dans ce combat, ils sont pour nous une grande joie. Ils viennent fortifier le Corps que nous formons par la jeunesse en eux de l’Esprit-Saint lorsqu’ils en seront comblés. Réjouissons-nous de les accueillir et ensemble réjouissons-nous que Dieu par Jésus mène en nous son combat. Il nous décape, mais c’est pour nous conduire toujours mieux de la libération à la liberté, dans la joie des fils et des filles du Père qui pourront apporter en offrande les « prémices des fruits du sol »,

 

Amen

+ Eric de Moulins-Beaufort

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