Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour la célébration de la Passion du Seigneur

Vendredi saint, 19 avril, Mgr Eric de Moulins-Beaufort célébrait la Passion du Seigneur en l’église Saint-Jacques de Reims. Voici l’homélie qu’il a prononcée. 

« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère.. et près d’elle le disciple qu’il aimait. » La mémoire chrétienne a retenu cette image, elle en a fait l’icône de la Rédemption.

« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère. » Jésus est crucifié, cloué les bras étendus, les pieds liés, élevé un peu au-dessus de terre et il s’asphyxie. Il est seul : Judas a trahi, Pierre a renié, tous se sont enfuis, les soldats se sont déchaînés sur lui, la foule s’est détournée, elle a préféré Barrabas, un bandit. La mère de Jésus est là. Elle sauve l’honneur de notre humanité. Elle au moins, Marie, a été jusqu’au bout, elle a accompagné le fils que Dieu lui a donné. Devant son fils bafoué, elle n’a pas cédé au désespoir ; elle ne s’est pas effondrée devant le Crucifié. Elle tient debout ; elle vit jusqu’au bout, jusqu’au fond, la douleur qui pénètre son cœur et sa chair. Elle consent à ce dont il la charge encore : « Femme, voici ton Fils. »

L’Église peut décevoir.

Les évêques, les prêtres, manquent gravement parfois à leur mission. Pire, ils en abusent, ils se servent de ce qui leur a été remis pour assouvir ce qui en eux est moins qu’humain. Pas toujours, loin de là, mais parfois. Pas également tous mais trop d’entre eux pour qu’on puisse ne pas y prêter attention maintenant que nous le savons.

Les chrétiens peuvent ne pas être à la hauteur. Certains peuvent camoufler sous les discours les plus pieux de grandes concupiscences, sous les affirmations de foi les plus fortes une volonté de puissance sans mesure, sous les attitudes les plus charitables une crispation aveugle sur les biens terrestres. Le cœur humain est compliqué et malade. Plus banalement, nos meilleures intentions, nos plus grands désirs, sont rongés par ce qui nous habite de peur, de besoin de détruire, d’incapacité à tenir dans le temps.

Le récit de la Passion, chaque année nous oblige à le constater : pas plus que les compatriotes de Jésus, nous n’échappons aux jeux du pouvoir, aux entraînements mortifères de la foule, aux peurs qui nouent le ventre et font faire ce qu’on voudrait n’avoir jamais fait. Marie, elle, est la toute sainte. Elle se tient près de la croix, pour nous. En elle, la sainteté de l’Église, notre sainteté, a son refuge. Parce qu’elle était là, la sainteté donnée par Dieu ne manque jamais.

« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère. » L’épître aux Hébreux nous a assurés que « nous n’avions pas un grand-prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand-prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » Le péché nous rend tous semblables mais il nous ferme les uns aux autres. La sainteté venue de Dieu, la sainteté de Jésus qui se reflète dans la sainteté de Marie, ouvre à tous, rend capable d’accueillir et de porter en soi tout être humain et sa grandeur et sa misère. Jésus a eu une mère ; il a été porté en son sein, il a grandi sous son regard. Comme chacun de nous, comme nous tous. Il a reçu d’elle l’humanité en son meilleur. Grâce à cela, il a pu connaître les êtres humains, il a connu, goûté, aimé, ce qui fait la substance de notre existence. Lorsqu’il est sorti pour sa mission, il a été admiré, suivi, écouté, honoré. Maintenant, il est rejeté. Il a été si bafoué qu’en quelques heures, il est devenu « sans apparence ni beauté qui attire nos regards », il est « méprisé, abandonné des hommes, familier de la souffrance. » Il a voulu s’approcher de tout homme, le regarder de ses yeux de chair qui voyaient ce que les hommes peinent à voir. Il a vu la beauté de l’être humain, il a vu aussi, comme nul autre ne le pouvait, combien le péché la défigure. Il a voulu s’approcher de ceux et celles d’entre nous que nul ne regarde, dont nous détournons les yeux, ceux dont nous pensons obscurément qu’ils ont été meurtris par Dieu. Il a voulu être l’un d’eux.

C’est pourquoi Jésus peut répondre à Pilate qu’il est roi et l’expliquer de manière mystérieuse : « Je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité. » Car la vérité n’est pas que les hommes soient bons ; elle n’est pas non plus que les êtres humains ne valent rien. La vérité n’est pas que les vainqueurs de l’histoire aient raison, elle n’est pas non plus que l’histoire soit sans sens. La vérité n’est pas que la seule règle de vie valable serait de chercher à s’en tirer le moins mal possible, elle n’est pas non plus que tout ce qui se construit de fragile soit vain. La vérité est qu’il faut un immense combat pour tirer du cœur des êtres humains, de nos cœurs, ce qui répond au Dieu vivant. Cet immense combat, Jésus le mène pour nous, Jésus le mène en nous, en chacun de nous. Il lui coûte d’apprendre l’obéissance même dans la souffrance.

« Près de la croix de Jésus se tenait sa mère », mais pas seulement : « et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine » et un peu plus loin encore, près de sa mère, « le disciple qu’il aimait ». Toute la sainteté possible de l’humanité s’est concentrée ce jour-là en Marie, mais pour qui savait voir, d’autres personnes étaient là aussi. Saint Jean l’évangéliste, souvent compris comme le plus jeune de tous, a vu cela et il nous donne de le contempler. C’est une des grâces de la jeunesse. Jésus meurt seul, il va là où lui seul peut aller. Mais autour de lui, déjà, se lèvent discrètement des cœurs en qui Dieu l’emporte. Face à la croix de Jésus, nous ne pouvons sous-estimer la force du mal et ses puissances, ni dans le monde, ni dans nos organisations sociales, politiques, familiales, religieuses, ni surtout en nous-mêmes, en moi. Face à la croix de Jésus nous devons voir que nos péchés les plus véniels sont porteurs de mort. Pourtant, face à la croix de Jésus, nous ne pouvons désespérer ni de l’humanité, ni des autres, ni de soi.

« Jésus dit à sa mère : ‘’Voici ton fils’’. Puis il dit au disciple : ‘’Voici ta mère’’.  Et, à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui ».

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