Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le dimanche de la Miséricorde

Dimanche 28 avril 2019, Mgr Eric de Moulins-Beaufort célébrait la messe dans la maison d’arrêt de Reims,  pour la messe du 2ème dimanche de Pâques, dimanche in albis, dimanche de la Miséricorde.

« Les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées » et voici que « Jésus vint, et il était là au milieu d’eux ». Les portes du lieu où nous nous trouvons sont verrouillées, et voilà que Jésus va venir et se tenir au milieu de nous. Il en a été ainsi au soir du premier jour de la Résurrection, il en fut ainsi huit jours plus tard, pour que Thomas puisse recevoir ce qui avait déjà été donné aux dix autres ; il en va de même pour nous, en ce dimanche, comme en chaque dimanche, comme chaque fois que l’Eucharistie est célébrée en mémoire du Seigneur : il vient et il est là, au milieu de ceux qui le célèbrent.

Nous connaissons bien et nous aimons l’histoire de Thomas. Il ne voulait pas être crédule, il avait bien raison. En français, est crédule celui qui croit tout ce qu’on lui raconte. Nous dirons aujourd’hui que sont crédules ceux qui prennent au sérieux, sans vérifier, toute prétendue nouvelle qui circule sur les réseaux sociaux. Lorsque Jésus dit à Thomas : « Cesse d’être incrédule, sois croyant », il ne lui reproche pas de ne pas être crédule et d’avoir l’esprit critique. Il lui reproche autre chose : il lui reproche, mais avec tellement de délicatesse et de patience, d’avoir été lent à croire, d’avoir résisté à la foi. Il avait le témoignage de ses amis mais plus encore il avait ou aurait dû avoir le souvenir des paroles de Jésus lui-même qui avait annoncé sa Passion et sa Résurrection. Il avait aussi le témoignage de toutes les Écritures saintes d’Israël qui, depuis le début, pour qui sait les lire en écoutant les paroles de Jésus, proclame que le Dieu créateur n’abandonne pas ses amis à la mort, mais les tire vers la vie en plénitude. A nous, frères et sœurs, de ne pas être des crédules que l’on berne facilement mais de ne pas être non plus des incrédules qui se ferment au saut de la foi. Car la foi seule donne accès à la vie en plénitude.

Regardez Thomas. Il réclame comme preuve de pouvoir mettre ses doigts dans les trous des mains de Jésus et sa main dans son côté. Drôle d’ami qui voudrait que celui qu’il prétend aimer et suivre soit toujours crucifié et percé ! Mais Jésus, en effet, garde les plaies de sa Passion. Elles ne sont plus des plaies, des blessures plus ou moins sanglantes. Il ne les montre pas comme un reproche agité devant nos consciences. Ses mains de Ressuscité ont la puissance de tout bénir par le don de l’Esprit-Saint ; son côté transpercé devient le passage de la grâce qui jaillit de son cœur. Les blessures de la Passion sont transfigurées en signe de son amour vivant et vivifiant pour ceux qui le contemplent. Alors, Thomas proclame non pas ce qu’il voit mais ce qu’il ne voit pas : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Il reconnaît qu’il a devant lui non pas seulement un crucifié qui aurait échappé à la mort mais le Dieu vivant venu subir l’assaut de la mort et entré dans la mort elle-même mais qui en sort, capable de donner la vie par toute son humanité.

Le Ressuscité vient et se tient au milieu de nous. Nous ne pouvons pas le saisir. Pourtant, sa venue nous met en joie : « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. » Comment durer dans la joie ? Non pas en s’emparant de Jésus ? Non pas en regardant ses plaies avec une curiosité plus ou moins saine. Mais en lui obéissant : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie » et il leur donne l’Esprit-Saint en ajoutant : « A qui vous remettrez les péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez les péchés, ils seront maintenus. » A nous donc, à la suite des Apôtres, d’aller en portant le pardon du Seigneur en ce monde. Les Actes des Apôtres nous ont fait entendre comment le groupe des premiers disciples, unis dans la prière et la louange, était une source de bénédiction pour les habitants de Jérusalem. Alors, vous ici, frères prisonniers, vous avez à être source de bénédiction pour ceux avec qui vous vous trouvez ici. Vous devez être des relais de la bonté de Dieu ; vous devez vivre en sachant toujours mieux que la vie est plus forte que la mort, la vérité que le mensonge, la douceur que la violence, le partage que l’accaparement…

Mais retenons bien l’essentiel : Jésus vient et il est là, au milieu de nous. Nous chrétiens, ne sommes pas forcément meilleurs que les autres. Seulement nous reconnaissons que Jésus est le Vivant. Nous confessons que lui vient nous transformer de l’intérieur par son Esprit parce qu’il a été plus fort que toute mort. Nous célébrons le fait qu’il fait de nous des membres de son Corps alors que nous sommes des pécheurs. Il n’a pas honte de venir à nous alors que nous sommes pleins de peur. Il vient au milieu de nous comme le Vivant, le Saint, celui qui mesure la valeur de nos vies. Mais il ne vient pas pour nous enfermer dans nos fautes. Il vient pour nous relever. « Moi, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clefs de la mort et du séjour des morts. » Jésus ressuscité proclame cela alors que saint Jean, en le voyant, était tombé. Il dit cela pour relever le voyant. Alors, frères prisonniers, et vous tous, frères et sœurs, osons le croire : grâce à Jésus, nous ne sommes pas enfermés dans nos fautes, nous ne sommes pas enfermés dans nos pulsions ou nos passions. Même si nous, nous peinons à en sortir, lui a la puissance d’ouvrir le séjour des morts pour nous. Lui a le pouvoir de faire des morts que nous étions des vivants pour l’éternité. Osons seulement reconnaître le mal que nous avons fait ; osons apporter ne fût-ce qu’un peu de pardon à ceux qui nous font du mal. Alors nous commencerons à marcher dans la liberté,

 

Amen.

Nous contacter

Laissez nous un message !

En cours d’envoi
Diocèse de Reims - 2016 © Corinne Salmon - Mentions légales

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?