Homélie de Mgr Eric de Moulins-Beaufort pour le dimanche de la Sainte Trinité

Homélie pour le dimanche de la Sainte Trinité, année C, le 16 juin 2019, en l’église Saint-André, à Reims 

Nous proclamons notre foi, frères et sœurs, en Dieu Trinité, Un et trine, Père, Fils et Saint-Esprit.  Cette foi nous rassemble, ou plutôt Dieu en qui nous mettons notre foi nous rassemble et nous donne d’espérer entre nous et avec tous les êtres humains, depuis le premier jusqu’au dernier, qui tous reflètent quelque chose de sa bonté, de sa beauté, de sa grandeur, une communion intime et réjouissante qui nous fera vivants pour toujours. Parfois, la foi est pour nous évidente, elle est l’air que nous respirons, l’espace où notre âme se dilate, la source vive qui nous remplit, nous apaise, ouvre en nous des profondeurs trop souvent occultées. Il est d’autres moments où la foi nous paraît étrange, inaccessible, où nous doutons de tout. Lorsqu’on nous interroge sur notre foi, il arrive que nous restions muets. Qu’est-ce que croire ? En qui ai-je mis ma foi ? Que m’apporte la foi ? Trop souvent, nous nous représentons qu’on nous fait représenter la foi comme un ensemble d’opinions plus ou moins arbitraires et coordonnées qui définiraient un cadre strict enfermant notre pensée.  La liturgie de cette fête, en cette année, nous donne d’entendre un principe de croissance continu.

« J’aurai encore beaucoup de choses à vous dire, mais, pour l’instant, vous ne pouvez pas les porter. » Jésus dit cela à ses disciples, juste avant sa Passion et sa Résurrection et avant le don de l’Esprit-Saint. L’Esprit est donné désormais et il a été inséré en chacun de nous par le baptême et la confirmation. Nous n’en restons pas moins toujours sous cette parole de Jésus. Nous connaissons Jésus, nous savons bien des choses de lui, nous avons l’habitude de méditer sa parole et les grands actes de sa vie, le dogme de l’Eglise oriente notre regard pour que nous le regardions selon l’angle le plus juste et le plus ample, pour que nous ne réduisons ni son œuvre ni sa personne à ce qui demeurerait dans les possibilités de notre monde.

« L’Esprit-Saint », dit-il, « vous conduira dans la vérité tout entière ». Que veut dire cette promesse ? La vérité dont il s’agit n’est pas un savoir encyclopédique, comme si nous allions tout savoir de Dieu et des hommes. L’Esprit-Saint nous conduit dans la vérité d’une relation, il nous guide, il nous oriente de l’intérieur et de l’extérieur, pour que nous entrions dans une vraie communion avec Dieu et avec les autres, pour que nous accueillons en nous toujours davantage la présence de Dieu et pour que nous soyons larges comme Dieu dans nos relations avec les autres. Le Dieu vivant ne nos apporte ni prospérité ni sécurité, frères et sœurs, il nous dégage de nos égoïsmes, de notre souci de nous-mêmes, de notre inquiétude du lendemain, pour nous installer sur un chemin tout différent, où nous devenons des artisans de son oeuvre, de ceux qui goûtent la bonté et la beauté de la vie et qui se réjouissent de rencontrer les autres. L’Esprit-Saint reprend ce qui est à Jésus pour nous le faire connaître parce qu’il nous apprend à regarder ce monde non comme une proie à saisir, non comme un champ ouvert à toutes nos entreprises, mais comme un don à accueillir filialement, comme l’espace généreusement donné par le Père pour que nous y vivions et nous y aidions à vivre les uns et les autres.

Nous connaissons peu le livre des Proverbes,. Il contient tout une sagesse qui peut paraître bien humaine, bien terrestre, une sagesse du juste milieu, de la modération des passions et des désirs. Mais il comporte aussi, enchâssés en lui, quelques perles précieuses comme l’hymne de la Sagesse qui a été proclamé lors de la première lecture. « Le Seigneur m’a créé, principe de son action, première de ses œuvres. »

L’Antiquité chrétienne a puissamment réfléchi au sens de ces paroles. Elle y a reconnu la proclamation biblique de l’œuvre créatrice. Croire en Dieu créateur, c’est croire que nous venons d’un acte de bonté, d’un acte plein de vérité, sans arrière pensée, sans dessein caché. Croire en un Dieu créateur qui est Trinité, c’est recevoir l’assurance que Dieu nous a créés non pour ses besoins, non pour pouvoir exister lui-même, mais pour nous partager gracieusement la plénitude de sa vie. Le plus beau dans ce chant de la Sagesse est la fin : «Je faisais ses délices, jour après jour, jouant à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. » La Sagesse de Dieu trouve ses délices à jouer avec les fils des hommes ! Est-elle sage, vraiment ? Mais quel émerveillement, frères et sœurs, si nous prenons au sérieux cet aveu !

La création est aussi gratuite et aussi sérieuse qu’un jeu d’enfant, aussi gracieuse et aussi nécessaire qu’un jeu en famille, un débordement d’activités, d’énergie, pour le seul plaisir de vivre et de s’éprouver vivant, et de permettre à chacun de profiter du surcroît de vie de tous les autres. Nous sommes globalement très sérieux, nous déployons des compétences, nous sommes sommés d’être performants en tout, nous redoutons plus que tout d’être un jour dépendants des autres, et pourtant notre existence même est portée par la joie de Dieu en sa sagesse de jouer, de courir, de sauter, avec nous, de se heurter à nous, de faire et refaire les mêmes gestes, de revivre les même aventures avec les u s et les autres, mais toujours de différentes façons parce que remplies de l’énergie partagée.

Amen.

+ Eric de Moulins-Beaufort

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