Homélie Mgr de Moulins-Beaufort – 2ème dimanche de Carême

Dimanche 17 mars, Mgr de Moulins-Beaufort célébrait la messe en l’église Saint-Thomas de Reims, à l’occasion de la remise de la croix aux jeunes se préparant à la profession de foi et de la 3ème étape en vue du baptême pour les enfants et adolescents.

Frères et sœurs, dans un instant, les jeunes qui se préparent au baptême vont s’avancer devant moi accompagnés de leurs parents et je leur imposerai les mains ou, si vous préférez, j’étendrai mes mains, d’abord en silence sur chacun d’eux, puis sur eux tous ensemble en prononçant une prière. Mes deux mains étendues ne projetteront pas sur eux une ombre très forte, mais telle est bien l’idée cependant. L’ombre de mes mains, assez symbolique, les fera entrer dans la même nuée qui a recouvert les trois apôtres au jour de la Transfiguration et la prière que je prononcerai reviendra à demander au Père de faire retentir au plus intime du cœur de chacun sa voix qui proclame : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi ; écoutez-le ».

Par ma présence, par mes paroles et mes gestes, l’Église entière, depuis les Apôtres jusqu’à la fin des temps, c’est-à-dire la communion de tous ceux qui croient dans le Christ, encourage ces jeunes à prendre au sérieux la voix du Père et s’en fait le relais pour qu’ils écoutent vraiment le Seigneur Jésus et le suivent. Vous aussi, frères et sœurs, par votre présence et votre prière, vous rendez palpable auprès de ces jeunes la totalité de l’Église, pour qu’ils entendent la voix du Père et y répondent par leur attention au Seigneur Jésus, par leur engagement à l’écouter et à le suivre.

Sur la montagne, nous l’avons entendu, les trois apôtres ont contemplé Jésus priant et vu l’aspect de son visage devenu autre et ses vêtements d’’une blancheur éblouissante. La gloire cachée ordinairement dans son humanité très simple est dévoilée lorsque Jésus prie. La manière d’être de Jésus impressionnait les apôtres et les foules, sa parole pénétrait les cœurs, ses attitudes inspiraient confiance…, à l’instar d’autres êtres humains avant lui et après lui qui ont attiré et réconforté beaucoup d’autres autour d’eux.

Mais, ce matin-là, sur la montagne qu’ils ont gravie avec lui, les trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, ont vu et perçu autre chose. La présence de Moïse et d’Élie auprès de lui, vivants dans l’éternité de Dieu, nous éclaire : en Jésus, toute l’histoire du peuple d’Israël, toute l’aventure du peuple d’Israël dans son alliance avec Dieu et, à travers elle, toute l’aventure de l’humanité entre ses immenses réalisations et le mal dont elle est capable, prend consistance, reçoit son sens. Moïse et Élie, tous deux, ont été un jour seuls sur la montagne face à Dieu puis renvoyés au service du peuple rebelle.

Bientôt, Jésus sera le Crucifié et il faudra que les apôtres se souviennent de ce qu’ils avaient vu et osent croire que le Crucifié est la clef de l’histoire humaine. Bientôt, Jésus sera le Ressuscité, mais le Ressuscité, nous le savons bien, ne se laisse pas voir par n’importe qui et ne se laisse pas saisir. Bientôt, les apôtres auront à proclamer dans le monde que le secret de la vie humaine n’est pas la domination, la possession, ni la jalousie ou la colère, ni le plaisir et la facilité, mais le don de soi, le service des autres, la disponibilité à pardonner et, même, la reconnaissance de ses fautes.

En ce dimanche de Carême, la liturgie nous fait entendre le récit de la Transfiguration pour nous stimuler à contempler Jésus et à reconnaître en lui la lumière de nos vies. Nous osons le confesser vivant, ressuscité et Seigneur de nos vies. Nous osons professer que le pain et le vin consacrés par ses paroles sont son Corps livré et son Sang versé deviennent pour nous nourriture pour refaire nos forces de fils et de filles du Père. Nous avons besoin d’entendre encore et toujours la voix du Père : car il ne suffit pas de confesser la gloire de Jésus en paroles, il nous faut choisir nos actes les plus quotidiens dans cette lumière.

Et voilà, frères et sœurs, une autre raison pour laquelle le deuxième dimanche de Carême est éclairé par l’évangile de la Transfiguration. Nous sommes en marche vers Pâques et nous accompagnons les catéchumènes qui seront plongés dans la mort et la résurrection du Christ Jésus dans la nuit du Samedi Saint. Mais nous faisons l’expérience qui fut celle de saint Paul : « Beaucoup de gens se conduisent en ennemis de la croix du Christ. » Ces gens peuvent être les autres, mais ces gens peuvent être nous aussi : lorsque nous disons du mal de notre prochain, lorsque nos communautés se divisent et que nous entretenons ces divisions, lorsque nous méprisons ceux que nous croisons parce qu’ils sont pauvres ou laids ou différents de nous, lorsque nous entretenons en nous de la colère parce que notre conjoint ou un de nos enfants ou un de nos frères ou une de nos sœurs, ou un de nos parents, n’agit pas comme nous le voudrions, lorsque nous cultivons la jalousie, ou lorsque nous organisons nos vies en fonction de nos plaisirs et non pas de nos devoirs et de nos responsabilités ou des services que nous pourrions rendre, eh bien, comme l’écrit l’apôtre, notre dieu est notre ventre !

Vous les jeunes, lorsque vous vous moquez de tel camarade, lorsque vous vous unissez aux autres, dans votre classe, contre celui qui est la « tête de turc » de la classe ou lorsque vous renoncez par peur du regard des autres à aller vers tel camarade moins apprécié de tous, lorsque vous refusez de faire votre travail parce que vous vous laissez fasciner par une lecture ou par un jeu ou par une conversation sur les réseaux sociaux, lorsque vous vous dérobez à tel service qui vous est confié dans la vie familiale, eh bien, votre dieu est votre ventre ! Dans ces actes comme dans d’autres, nous provoquons les pleurs de l’apôtre et nous ajoutons aux souffrances du Christ.

Et pourtant, frères et sœurs, nous sommes appelés à croire que nous sommes, malgré nos médiocrités et nos fautes, des fils et des filles du Père. Écoutons encore saint Paul : « Nous avons notre citoyenneté dans les cieux », c’est-à-dire dans la plénitude de Dieu et non pas dans nos besoins, dans nos manques et dans nos peurs. Pourquoi ? Parce que le Seigneur Jésus-Christ « transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux ». Chaque fois, frères et sœurs, que nous nous servons de nos mains pour partager au lieu de prendre, de nos jambes pour servir au lieu de rester dans notre confort, de notre langue pour dire des paroles pacifiantes et bienfaisantes plutôt que des moqueries et des jugements, nous laissons la « puissance active » du Seigneur transfigurer nos corps mortels et les préparer à la vie éternelle.

Écoutons donc, frères et sœurs, en ce jour, la voix du Père venue de la nuée. Elle a été entendue par les trois apôtres, elle va retentir maintenant sur nos jeunes amis. Croyons que Jésus est le Fils choisi et suivons-le avec cœur ; croyons qu’en lui, par le baptême, nous sommes devenus nous aussi des fils et des filles du Père. Croyons que, dans son Eucharistie, il nous donne sa Parole et nous reprend en lui malgré nos opacités ; croyons que, par le sacrement du pardon, il nous remet en route sur son chemin. Choisissons de vivre ainsi, en « concitoyens du ciel », sans nous laisser décourager par nos médiocrités mais en nous ouvrant à la puissance du Crucifié ressuscité,

 

Amen.

+ Eric de Moulins-Beaufort

 

 

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