Homélie pour la messe de confirmation des lycéens – Samedi 9 juin en la Cathédrale de Reims

Homélie pour la messe de confirmation des lycéens du Lycée du Sacré-Cœur-La Salle, du Lycée Jean-XXIII, du Lycée Saint-Jean-Baptiste de la Salle et du Lycée Saint-Michel, le samedi 8 juin 2019, en la cathédrale Notre-Dame de Reims.

Quelque chose a commencé, ce jour-là, là-bas, à Nazareth en Galilée. Un point de départ imperceptible sur les sismographes de l’histoire : dans un village banal, un petit village, un homme s’adresse à une poignée d’autres, des hommes simples, deux ou trois artisans, quelques cultivateurs, et pourtant, quelque chose a démarré ce jour-là qui a transformé l’histoire de l’humanité et dont les effets ne sont pas prêts de s’éteindre, deux mille ans plus tard. Quelque chose commence ce matin, pour vous, pour chacun de vous, mais aussi, sans que vous le sachiez encore et sans que nous puissions le voir, pour l’humanité entière, pour sa destinée éternelle. Ce jour-là, là-bas, Jésus s’était dressé dans la synagogue pour lire le passage du prophète : « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle » et il avait conclu en proclamant : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre » et, aujourd’hui, ici, en la cathédrale de Reims, le même mouvement se poursuit et il ne s’arrêtera pas : vous allez recevoir l’Esprit-Saint, vous allez être envoyés porter la Bonne Nouvelle, et nous allons être témoins que la prophétie s’accomplit pour vous, en vous et à travers vous.

Ce qui a commencé et ce qui se poursuit, c’est que l’humanité ne se comprend plus comme vouée à la fatalité, enrôlée de gré ou de force au service des grandes forces cosmiques et supra-cosmiques du destin, de la vie et de la mort, du pouvoir et de la guerre, de la pénurie et de l’abondance. A Nazareth, Jésus proclame qu’il y a une bonne nouvelle pour tous et pour chacun, et surtout pour ceux qui paraissent en ce monde les moins favorisés par le sort, pour ceux qui semblaient condamnés à attendre la mort comme une délivrance. Jésus s’est préparé pour ce moment, longuement : trente années de ce que nous appelons la vie cachée, Dieu envoyé par Dieu vivant notre condition humaine dans ce qu’elle a de plus banal et de plus universel, dans un lieu médiocre de ce monde. Trente années à partager l’existence de son village, de sa famille, de son peuple, à observer les uns et les autres, à voir le fond du cœur de chacun et de chacune de ceux et de celles qu’il croisait. Un jour, enfin, il est parti pour recevoir le baptême de Jean et il est revenu chez les siens pour ouvrir un moment nouveau de sa vie qui devient un temps nouveau pour l’humanité, un temps qui ne peut être fermé. Chaque être humain, fait à l’image et à la ressemblance de Dieu, est appelé à vivre pour toujours, et rien de ce qu’il vit n’est vain, rien n’est purement perdu, rien ne peut passer sans reste dans la mort et le néant ; tout, au contraire, même l’insignifiant, est une promesse pour la vie pour toujours. L’Esprit-Saint vous est donné, chers amis, en ce jour, il va être scellé en vous, pour qu’au milieu du monde, au milieu des autres êtres humains, vous viviez, non plus sous l’horizon de la mort et du péché, c’est-à-dire du mal qui fait de nous des porteurs de mort les uns pour les autres, mais dans l’espérance que toutes les promesses débouchent.

Avez-vous fait attention à ce que nous a dit l’apôtre saint Paul : « Or, vous, vous avez été appelés à la liberté. » Vous vivez dans une culture qui associe religion et morale, et qui ramène la morale à l’interdit. Le système médiatique nous présente inlassablement les religions de cette manière et nous pensons souvent, même lorsque nous nous en défendons, à la religion comme à ce qui nous dicte le permis et le défendu. Entendez, frères et sœurs, l’Apôtre ; entendons-le tous ensemble : nous sommes appelés à la liberté ! Le Christ Jésus est venu, il s’est levé dans la synagogue de Nazareth, il a parcouru les routes de Galilée, de Samarie et de Judée, il s’est laissé dresser sur la croix, pour nous rendre libres, pour nous ouvrir à une liberté qui puisse s’étendre à l’éternité, pour nous initier à une liberté que nous n’ayons jamais à regretter. Alors, nous comprenons bien que la liberté ne peut pas être de tout faire servir à notre égoïsme, les choses, les êtres et les autres êtres humains. Au contraire, la liberté qui peut être éternelle obéit à une unique logique : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Voilà l’espérance formidable que nous donne le don de l’Esprit-Saint : au milieu de notre monde chaotique, marqué par la peur de manquer, le désir de posséder, la soif de garantir sa survie, nous pouvons vivre selon une autre loi. Entendons-nous bien : aimer quelque chose, le plus souvent, c’est vouloir la posséder. Pour parler comme saint Paul, « la chair, avec ses passions et ses tendances égoïstes » nous pousse à cela. Mais à nous il est donné de pouvoir vivre selon un autre amour : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », aimer est alors se donner pour que l’autre puisse être davantage vivant. Vous vivez et vous vivrez, chers amis, dans un monde qui réclame toujours plus de libertés au pluriel. L’Esprit-Saint vous est donné pour que vous soyez de ceux qui sont libres, libérés du péché qui nous rétracte sur nous-mêmes et nous rend esclaves de nos passions et de nos pulsions, ou pour que vous soyez à tout le moins disponibles pour cette libération-là.

Chers amis qui allez être confirmés ce matin, vous n’êtes plus des enfants. Vous commencez à avoir une certaine expérience de la vie et une certaine connaissance de vous-mêmes. Elles sont loin d’être à leur achèvement, soyez-en sûrs. Certains d’entre vous, plus nombreux qu’on y songerait, ont une expérience forte de la mort d’un être proche, des grands-parents sans doute, mais aussi un père ou une mère, par accident ou par maladie, un frère ou une sœur ou un cousin proche. Ceux-là savent mieux que les autres que la mort rôde toujours et que tout moment de vie est précieux. Tous, vous savez que le Christ Jésus ne nous appelle pas à lui pour nous donner des avantages, qu’il ne nous promet pas de nous débarrasser de ce qui menace la vie commune des êtres humains. Ce matin-là, à Nazareth, les quelques-uns qui l’entendirent : ses cousins, ses compagnons de jeu d’enfant, après s’être émerveillés de ce qu’il affirmait, ont voulu le jeter depuis la falaise. Jésus ne vient pas nous garantir la domination et la possession et le plaisir en ce monde. Il vient nous chercher pour qu’avec lui nous fassions retentir la bonne nouvelle : pour que ceux qui sont prisonniers d’eux-mêmes puissent apercevoir qu’il est possible et qu’il vaut la peine de s’ouvrir aux autres, pour que ceux qui ne voient dans le monde que la violence et la colère ou le manque seulement puissent s’émerveiller de la bonté de quelques-uns et, par là, de celle de Dieu ; pour que les opprimés puissent entendre que toute l’oppression du monde ne les privera de resplendir dans la gloire de la vie éternelle.

Dans vos lettres, vous avez évoqué votre désir que vos vies soient bienfaisantes. Chacun de vous bien sûr escompte que sa vie sera heureuse, paisible, intéressante… Tout cela est naturel. Aujourd’hui, vous recevez l’Esprit-Saint pour que vos vies, dans les facilités et dans les épreuves, soient habitées par l’amour, la joie, la paix, ce qui suppose en vos cœurs patience, bonté,  bienveillance, foi, humilité et de maîtrise de vous-mêmes. C’est le fruit unique de l’Esprit-Saint qui se multiplie par huit. Vous vous en doutez : il faut pour cela une purification constante de votre cœur ; il faut pour cela la mort et la résurrection du Christ, son sacrifice et sa victoire sur le mal. Cet Esprit-Saint n’est pas une chose que l’on prend, une force neutre que chacun pourrait acquérir en s’améliorant. Il est un don, il est le don, donné généreusement par le Seigneur Jésus, le Fils bien-aimé du Père, au prix de son incarnation, de sa passion, de sa mort et de sa résurrection. Ce matin, ce don vous est fait pour que vous puissiez y puiser au long de votre existence et vérifier chaque jour : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre »,

Amen

+ Eric de Moulins-Beaufort

 

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