Jean-Baptiste de la Salle ou l’école pour tous – Edito de Mgr Eric de Moulins-Beaufort

Le 30 avril, j’aurai la joie de présider une messe solennelle dans la cathédrale Notre-Dame de Reims à l’occasion du tricentenaire de la mort de saint Jean-Baptiste de La Salle, en 1719.

Cette célébration appartient à une série de manifestations voulues en France et à travers le monde par les Frères des Écoles chrétiennes, les «Lassaliens», par les établissements scolaires qu’ils ont fondés à travers le monde et les innombrables personnes qui y ont bénéficié d’une instruction et d’une éducation de grande qualité qui leur ont permis de devenir des hommes et des femmes responsables, capables de conduire le mieux possible leur destinée. Les Rémois savent qu’il y a dans leur ville, à un coin de la place du Forum, un «hôtel de La Salle», une belle maison de pierre de style Renaissance. Les habitants de Reims et des Ardennes savent que quelques établissements scolaires sont dits «lassaliens». Il vaut la peine que tous profitent de cet anniversaire pour mieux connaître saint Jean-Baptiste de La Salle. Une visite à sa maison natale y aide grandement. Chanoine de notre cathédrale, ce qui conférait alors notabilité, aisance financière et accès à des responsabilités gratifiantes, la rencontre de Nicolas Roland, son aîné, l’a fait s’intéresser aux enfants pauvres ne pouvant pas aller à l’école ou réduits à une instruction très sommaire avec des maîtres peu compétents.

Tout en soutenant les femmes réunies par Nicolas Roland pour s’occuper des jeunes filles (elles deviendront les Sœurs de l’Enfant-Jésus, bien connues dans notre diocèse), il réunit autour de lui des maîtres qu’il forme, il finit par quitter sa belle maison pour habiter avec eux et former avec eux un seul corps enseignant. Il précise peu à peu sa pédagogie : responsabilisation des élèves, chacun recevant pour un temps un service dans la classe ; enseignement en français, douceur, renoncement aux châtiments corporels ; programme commun à tous, riches et pauvres ; profonde formation chrétienne par l’apprentissage de la prière, du catéchisme, du service mutuel.

Jean-Baptiste de La Salle se dépouille peu à peu de ce qui lui restait de fortune, il laisse tout à ses frères et sœurs et partage entièrement les conditions de vie des maîtres qu’il a réunis. Il leur propose de s’engager envers Dieu pour le service des enfants pauvres. De manière originale, son vœu prévoit l’obéissance au corps des Frères. Pas de supérieur à vie très dominant donc, mais une autorité régulée par l’acceptation de tous. Jean-Baptiste de La Salle et Nicolas Roland auquel les Rémois se doivent de l’associer toujours sont deux beaux fruits de la qualité de la vie chrétienne à Reims au XVIIe siècle.

Plus discrètement que les Colbert, Louvois et autres «grands hommes» connus de tous, ils sont pour notre ville une gloire très certaine, car ils furent désintéressés et soucieux du bien des autres, renonçant aux avantages de la fortune et à toute gloire humaine. Qui voyage un peu dans le monde ne peut pas ne pas avoir rencontré des établissements La Salle où, souvent, une pédagogie inventive permet à des enfants pauvres d’avoir accès à un niveau d’éducation inaccessible ailleurs. Jean-Baptiste de La Salle a eu besoin de temps pour comprendre ce que Dieu voulait de lui, pour sortir de son état de chanoine bienfaisant et devenir purement et simplement un éducateur des jeunes. Il a été prudent longtemps mais a su être audacieux le moment venu et tout quitter pour Le suivre. Dans la France qui sortait des troubles des guerres de religion et de la Fronde et qui se reconstruisait sous la main énergique de Louis XIV, il a su voir l’urgence d’ouvrir à tout enfant la possibilité de lire, d’écrire et d’acquérir une instruction à la mesure de ses capacités. Il a compris que c’était la condition pour que chacun puisse confesser en vérité Jésus comme le Sauveur et vivre comme un fils ou une fille de Dieu, libre et responsable.

Le 30 avril, rendons grâce à Dieu pour la belle figure de saint Jean-Baptiste de La Salle et rendons hommage aussi à tous les Frères des Écoles chrétiennes qui, sur ses traces, ont servi et servent la jeunesse avec compétence et désintéressement. Demandons aussi à Dieu qu’il suscite des vocations de chrétiens enseignants. Bien des aspects du trouble social que nous connaissons tiennent à une crise de l’éducation et de l’instruction. Puissent de jeunes chrétiens encore et toujours se lever pour y faire face avec tout leur cœur et toute leur vie.

+ Éric de Moulins-Beaufort

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