Gilets Jaunes dans l’Eglise – Réflexions de Mgr Bruno Feillet

Gilets jaunes dans l’Eglise ?

Lorsque l’on voit l’ampleur du mouvement des gilets jaunes dans notre société française depuis deux mois, on peut se demander si dans l’Eglise il n’y aurait pas une version catholique des gilets jaunes ? On connaît les stylos rouges, les blouses blanches, les gilets jaunes. Y aurait-il un équivalent dans nos églises ?

En fait, nous connaissons déjà des groupes organisés qui sont un peu le poil à gratter de notre institution. Il y a chrétiens en forum, le comité de la jupe, nous sommes l’Eglise (plus connu en Allemagne sous le titre Wir sind die Kirche) et sans doute d’autres qui s’expriment dans des médias écrits bien relayés par leurs confrères.

Au fond, il est tout-à-fait naturel et normal, lorsqu’un pays forme et éduque sa population que cette dernière demande à participer aux décisions qui la concerne. Il en est de même dans l’Eglise catholique. Je crois que l’on peut dire que jamais en France, le peuple de Dieu n’a été aussi bien formé. Dans tous les diocèses de France, on trouve année après année des formations sur la façon de vivre en Eglise ou de célébrer, d’approfondir la foi et de découvrir la Bible ou encore de réfléchir sur les implications éthiques de nouvelles lois sur la famille, la procréation médicale assistée ou la fin de vie.

A tout cela nous pourrions ajouter les différentes pratiques synodales au cours desquelles on demande régulièrement aux fidèles baptisés de prendre la parole sur la vie de leur église diocésaine.

Pour autant, le véritable motif qui fonde les différents membres de l’Eglise à prendre la parole se trouve dans le baptême que nous avons tous en commun. Et quand bien même tous ne seraient pas très bien formés, le seul fait d’être baptisé habilite chacun à pouvoir prendre la parole. Dieu ne révèle-t-il pas aux tout-petits ce qu’il cache aux sages et savants ? Celles et ceux qui fréquentent Dieu dans la prière et dans l’Ecriture et qui le font en Eglise en savent parfois bien plus que certains docteurs. L’histoire de la mystique chrétienne est remplie de ces témoins de la foi que Dieu a instruits et qui ont tenu dans le même temps à faire reconnaître par des prêtres ou des évêques la profondeur des révélations qu’ils avaient reçues.

C’est tout le sens de la théologie de la constitution sur l’Eglise du Concile Vatican II, Lumen Gentium. Elle ne commence pas à parler du mystère de l’Eglise à partir du Pape ou des évêques mais bien à partir du Peuple de Dieu dans lequel se trouvent les évêques et les prêtres. La vocation à la sainteté est un appel adressé à tous, même si les religieux sont appelés à en être l’expression prophétique.

J’aime l’histoire de la foi du charbonnier que l’on ne connaît pas très bien. Il s’agit de Satan qui se promène dans la forêt et qui tombe sur un charbonnier en train de faire une pause dans sa journée, un homme dont le métier est de faire du charbon de bois, sans doute marqué par la poussière des matériaux qu’il manipule à longueur de journée. Le diable lui pose alors la question : « Dites-moi mon brave, en quoi croyez-vous ? ». Notre charbonnier, tire une ou deux bouffées de sa pipe et répond : « je crois ce que l’Eglise croit ». Le diable qui ne s’en laisse pas compter reprend la parole et pose une nouvelle question : « Et qu’est-ce qu’elle croit l’Eglise ? ». Nouveau temps de réflexion et quelques volutes de fumée plus loin, notre charbonnier reprend : « L’Eglise croit ce que je crois ». J’aime prendre l’histoire dans sa totalité. Trop souvent on assimile la foi du charbonnier à une foi bête et disciplinée. A vrai dire, notre homme de la forêt sait au fond de lui-même qu’il participe à la vitalité de la foi de l’Eglise. Le magistère romain ne s’y est d’ailleurs pas trompé lorsqu’il a défini l’infaillibilité pontificale. Les Pères du Concile Vatican I ont affirmé que le Pape, en certaines circonstances, pouvait jouir de l’infaillibilité de l’Eglise. C’est bien l’Eglise unanime qui ne se trompe pas.

Voilà donc pourquoi, il est heureux qu’il y ait, sinon des gilets jaunes, du moins des fidèles chrétiens qui aident l’Eglise et ses pasteurs à être à l’écoute de l’Esprit-Saint. Qu’ils en soient ici remerciés.

+ Bruno Feillet, évêque auxiliaire du diocèse de Reims

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